Omakase, or chef’s choice in Japanese, is one of the best ways to order in a restaurant. By doing so you allow the chef to be inspired and creative, and the resulting dishes are often the best examples of talent made with the best an freshest ingredients. In this section of the web site you’ll find what contributors and myself feel is the best of our creativity. Contrary to other sections, these pieces won’t just be focused on one aspect of gastronomy or wine, but rather a delicious combination of these and life’s other pleasures.

Monday
21Sep2009

Le muscat de Samos

Une contribution du 'Crétois'...

Du muscat de Samos considéré comme boisson érogène…

Je souhaiterais évoquer ici un vin dont le nom fut dévoyé depuis plus de vingt ans par les pratiques volumiques d’une chaîne d’hypermarchés. A la décharge de cette dernière, de par sa diffusion, ce "nectar", en tant que vin étranger, acquit en France une renommée sans pareille[1], jusque dans certaines campagnes reculées. Il m’y fut assez souvent offert, en guise d’apéritif, un petit verre de muscat de Samos, provenant parfois d’un fond de bouteille traînant au réfrigérateur depuis quelques semaines. Je me dois d’avouer que j’y pris toujours quelque plaisir coupable, s’agissant d’un vin d’une acceptable médiocrité.

Le vrai muscat de Samos ressemble fort peu aux échantillons disponibles sur les linéaires des grandes surfaces. En 1991, un voyage dans l’île me permit, pour la première fois, d’y apprécier ses vins. L’aire d’appellation s’étend sur 1500 ha. Le vignoble, cultivé en terrasses sur la côte nord, s’élève jusqu’à plus de 800 mètres d’altitude. Les deux meilleures qualités de muscat de Samos se nomment Anthemis et Nectar. L’Anthemis[2], vin viné élevé cinq ans en fût, se révèle digne d’intérêt mais c’est du Nectar dont je veux parler. Après récolte, les grappes de muscat à petits grains d’Alexandrie provenant des terrasses les plus élevées, commencent un processus de dessication en restant exposées au moins huit jours au soleil, à la manière du Vinsanto de Santorin. A la différence de l’Anthemis, le Nectar est donc un vin naturellement doux. Il vieillit au maximum trois ans en foudre de chêne du Limousin. Les 4 000 producteurs de l’île font tous partie de l’union des coopératives de Samos .

Mais, voyons cette bouteille de muscat de Samos 2003. En versant le vin dans le verre, l’écoulement lent du liquide en révéle sa densité. La robe d’une couleur vieil or, ambrée et fauve, tirant nettement sur le bronze clair m’évoque une image lascive et décadente. Réminiscences baudelairiennes…

Fauve…

Tant sa taille faisait ressortir son bassin.

Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe ![3]

Bronze…

Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,

Deux larges médailles de bronze,[…][4]

Lascive…

D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,

Et la candeur unie à la lubricité

Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;3

Le nez révèle des arômes typiques, intenses et puissants, …

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,

Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,

Je vois se dérouler des rivages heureux[5] […]

… de fruits secs et de fleurs, odeurs sensuelles ….

Les plus rares fleurs

Mêlant leurs odeurs

Aux vagues senteurs de l'ambre,[6]

L’attaque en bouche voit se déployer la puissance envoûtante de la liqueur, mêlant l’abricot sec, l’écorce d’orange, la figue, le tabac, le miel et le raisin de Corinthe.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.6

Après l’ampleur initiale, commence à poindre l’acidité. Cette acidité rafraîchissante balaie les 150 grammes de sucre résiduel et laisse une fin de bouche sans mollesse, d’une longueur insigne. Ce vin rare fit un agréable pendant à un dessert de framboises fraîches, coulis de cassis et glace vanille.

A cette occasion, je me dois de remercier Jean-François Ragot, créateur de Dionis, qui m’a permis d’acquérir cette bouteille. Défricheur depuis plus de 20 ans de contrées viticoles rarement explorées (par exemple Murfatlar et Cotnari), il a un penchant particulier pour les liquoreux les plus rares de la planète.


[1]  En fait, à peu près comparable à celle de Cramoisay et Champlure.

[2]. Ancien nom de l’île de Samos, signifiant littéralement fleur.

[3]. Les Fleurs du Mal – Les Bijoux.

[4]. Les Fleurs du Mal – Les Promesses d’un Visage

[5]  Les Fleurs du Mal – Parfum exotique.

[6]  Les Fleurs du Mal – L'invitation au voyage

Saturday
29Aug2009

La poésie du vin

Le Vin,

Fabrice Parisot, un caviste a Reims.

 

Il est de nos jours pour beaucoup de personnes

un moyen d’accéder au monde fermé de certains clubs

afin de se créer une place et de côtoyer la couche «supérieur»

de la dite société.

 

Ou encore de permettre ou de créer des liens ou une certaine familiarité amicale

dans des repas d’affaires

afin de créer une atmosphère passionnante et joyeuse

pour signer un certain contra.

 

Il est même bien souvent utilisé comme un signe extérieur de richesse

afin de démontrer

son big pocket!

 

Mais le vin en réalité c’est quoi?

 

Ne serait-il pas

avant tout un savoir vivre

dans lequel on apprend

la modestie

que ce soit par la leçon que nous donne un verre de vin

ou par les rencontres des personnages,

des artistes,

au mieux des paysans qui font naître leurs nectars?

 

Le vin représente une réelle nourriture de l’esprit

grâce

à toutes les interrogations qu’il nous fait naître

et les moments magiques qu’il nous permet de vivre en société.

 

Le grand vin pour moi n’est pas le plus cher ou le meilleur,

mais celui avec lequel le voyage

à travers mes pensées

est le plus envoutant.

 

Wednesday
26Aug2009

Homère et Chateau Latour

Une contribution du 'Crétois'

Les deux poèmes homériques, l’Iliade et l’Odyssée, reposent sur l’attente. L’amateur de vins connaît également cette langueur délicieuse, récompensée par la sublimation du produit agricole initial. L’heureux possesseur d’un premier grand cru classé de Bordeaux d'une année mémorable doit, plus que tout autre, savoir contenir la tentation de l’infanticide pour éviter une déception précoce. Mais là n’est pas la relation que je souhaitais évoquer entre l’illustre poète et le glorieux cru.

Le 26 janvier 2007, au cours d’une dégustation ‘‘Bordeaux rive gauche 1982 et 1990’’, une étrange sensation m’envahit... Le Château Latour 1990, carafé quatre heures auparavant, reposait maintenant dans un Riedel type chianti classico. La robe dense et noire, invitait à plonger le nez dans le cristal. En fermant les yeux, le bouquet impénétrable et d’une profondeur insondable attirait l’esprit au fond du verre, donnant l’impression angoissante de s’y noyer. Il m’apparût brusquement une image venue d’une lecture de l’Odyssée, avec Ulysse dans son vaisseau, naviguant sur la «mer vineuse» une nuit de pleine lune. Peur du noir et de l’eau profonde... Qui n’a jamais connu la peur, nageant la nuit dans la mer? Qui n’a jamais imaginé alors des monstres prédateurs surgissant des abysses?

Dans l’Odyssée, Homère évoque à douze reprises «la mer vineuse»[1]. La nuit, sous la lune, cette mer noire et profonde fait penser à un Pauillac ou à un Saint-Estèphe. Dans les flammes rougeoyantes du soleil couchant, elle prend la teinte de feu d’un Musigny. Cette sensation olfactive déclenchant le rappel d’une image créée par une lecture rappelle l’épisode célèbre de la madeleine de Marcel Proust. «Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray [...], quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.» Une sensation olfactive ou gustative diffère peu, puisque la majeure partie des sensations gustatives relèvent d’une rétro-olfaction. Pour l’épisode de la madeleine, cette sensation gustative a fait revivre une image d’un vécu antérieur, tandis qu’avec le Château Latour, l’olfaction a réactivé une image simplement créée par la lecture. Mystères de la chimie cérébrale et des liaisons synaptiques...

Si la traduction d’Homère n’avait pas fait mention de la «mer vineuse», cette relation aurait-elle existé? D'autres traductions évoquent la «mer ténébreuse»[2]. La lecture du texte originel met en lumière l'évidence du barbarisme «mer ténébreuse» : «έπì οíνοπα πóντον» ne peut se traduire que par «sur la mer vineuse». L’excellent ‘‘Dictionnaire complet d'Homère et des Homérides’’[3] donne pour «οíνοy,oπoV» la traduction suivante: qui a la couleur ou l’aspect du vin, vineux. De la racine grecque «οίνο-» (οίνοs = vin) viennent d’ailleurs les mots œnophile et œnologue. Traduttore traditore...

A cette époque et auparavant, la mer ténébreuse désignait l’océan Atlantique et non la mer Méditerranée. Probablement influencé par les traducteurs du XIXe siècle, Victor Hugo commit également ce contresens dans le recueil Les Orientales: «Si le marin de Cos dans la mer ténébreuse...» (Le Château Fort). Et Gustave Flaubert également dans Salammbô: «Autour de Carthage les ondes immobiles resplendissaient, [...]. Par les symboles cachés, par les cistres résonnants, par les sillons de la terre, par l'éternel silence et par l'éternelle fécondité, dominatrice de la mer ténébreuse et des plages azurées, ô Reine des choses humides, salut ! ». Bon, ça fait quand même du bien de se payer la tête de quelques monstres sacrés... 


[1]Chant I vers 183, Chant II vers 421, Chant III vers 286, Chant IV 474, Chant V vers 132, 221, 349, Chant VI vers 170, Chant VII vers 250, Chant XII vers 388, Chant XIX vers 172, 274.

[2]Traduction Bitaubé, édition Ledoux, Paris 1819; traduction Le Brun, édition Lefebvre, Paris 1836; traduction Bareste, édition Lavigne, Paris 1842, et d'autres probablement...

[3]Par Napoléon Theil, édition Hachette, Paris 1841.