Anselme Selosse, le bâtisseur de cathédrales
Une contribution du 'Crétois'...
Il est des rencontres qui marquent de jalons solidement plantés le parcours initiatique d’un amoureux du vin. Ces dégustations avec des vignerons pour lesquels on aimerait changer les règles de l’orthographe, afin d’écrire ce mot magique avec un v majuscule, nous envoient aux frontières de continents inexplorés.
Je souhaiterais citer trois géants de la viticulture française : Pierre Overnoy, Alain Labet et Anselme Selosse. Pierre, Monsieur Overnoy, explique la qualité de ses vins par le hasard et la nécessité. N’ayant pas de charge de famille, il a pu contrairement à d’autres, s’attacher à la qualité du vin et non à sa rentabilité. Modestie de cet homme d’exception, dont la bonté et la grandeur d’âme émanent de ses propos.
Dans la même région, à distance de Pupillin, un pédagogue-né exerce son art à Rotalier. Alain Labet, en décrivant les caractéristiques de ses parcelles de chardonnay (Les Varrons, La Beaumette, En Chalasse, La Bardette, Le Montceau) dans le même temps que la dégustation de ses vins, rend limpide les différences organoleptiques dues au terroir.
Anselme Selosse enfin, livre dans ses vins, puisqu’il faut bien appeler le champagne un vin, la quintessence de sa pensée. Mais en tant qu’amateur, j’ai du mal à relier son discours au résultat que l’on trouve dans le verre, à comprendre comment, d’une vigne enchâssée dans un terroir calcaire, surgit la magie d’un vin unique, ou plus exactement de vins, chacun unique. Leur origine, Avize, Oger et Cramant[1], avant l’apparition de la cuvée Contraste, ne permet pas d’interpréter la transmutation réalisée par l’alchimiste Anselme. Avec le maître Anselme, on entre en religion, avec ses mystères, au sens antique de culte religieux secret auquel n’étaient admis que ses initiés. Et effectivement, on parle de ses disciples, Jérôme Prévost, Olivier Collin ou encore Alexandre Chartogne – Jean, Pierre, Paul et les autres – prosélytes œuvrant sur de moins nobles terroirs.
Le 19 mars 2004, j’eus le privilège d’aller communier chez Anselme Selosse, en compagnie d’El Degustator et du chirurgien des légumes. Communion plus agréable que celle vécue maintes fois durant sa jeunesse par El Degustator qui, aujourd’hui, préfère mettre en bouche une VO plutôt que du pain azyme ! Lors de la dégustation de la cuvée Substance, j’eus l’impression d’une cathédrale, avec une base large et solide et une verticalité infinie. Avec justesse et c’est ce que je ressentais aussi, Anselme ajouta qu’à la surface de cette structure verticale se déclenchaient de multiples petites explosions à tous les étages.
Alors, le dégustateur finit par croire que ces vins d’exception relèvent d’une logique divine. Et comme dans ce texte tout se rapporte au domaine religieux, la seule conclusion possible est la suivante : Anselme Selosse est un bâtisseur de cathédrales, oui, mais dans le style gothique flamboyant.
[1] Petit moyen mnémotechnique : AOC
Nov 2, 2009
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